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Potosi, l'enfer de l'argent

Pourquoi cette ville est-elle née ici, à 4100 m d'altitude, dans le froid et la rigueur de l'altiplano ?

Les mines bien-sur. La colline qui surplombe la ville, le "Cerro Rico" (la montagne riche) est bourrée d'un tas de minerais.

Dès le 16ème siècle, on y a extrait de l'argent. Très vite, les mines ont été réquisitionnées par les Espagnols. Les Indiens ont été condamnés à la mita : travail obligatoire non payé, dans des conditions épouvantables. Puis, un moine s'est battu pour faire reconnaître que les Indiens avaient une âme. Alors, on a fait venir des esclaves d'Afrique noire pour les remplacer…

L'argent était extrait, traité puis transformé en pièces de monnaie sur place.
Selon des économistes de renon cet apport de fond du nouveau monde a financé la naissance du capitalisme en Europe.
On raconte qu'avec les dizaines de milliers de tonnes d'argent qui ont été extraites de cette région, on aurait pu revêtir une route à double sens entre l'Espagne et la Bolivie…

Les 3 siècles d'exploitation par les Espagnols ont coûté la vie de 7 à 8 millions d'Indiens et d'esclaves.
Lors du départ des Espagnols, l'état bolivien a reprit les rênes. Les conditions de travail sont restées les mêmes mais avec un salaire en plus.

Aujourd'hui, on extrait différentes choses : de l'étain, de l'argent …, mais l'exploitation n'est plus rentable, les prix de vente ont chutés.
L'état s'est pratiquement retiré, laissant le soin aux mineurs de s'auto exploiter. Comme ils n'ont pas le choix, c'est ce qu'ils font en s'organisant en coopératives. A leur tête, on retrouve un mineur plus riche ou plus malin qui arrive encore à faire quelques bénéfices sur le dos d'une bande de pauvres bougres.

Bref, ainsi va la vie, l'exploitation de l'homme par l'homme, toujours la même histoire sous toutes les latitudes et de tous les temps.
Nous sommes descendus dans ces mines. La montagne est un véritable gruyère avec des galeries qui s'étirent dans tous les sens, jusqu'à 200 m de profondeur.

Avant de descendre, nous sommes passés au marché des mineurs pour acheter de la dynamite, des mèches, des détonateurs, des feuilles de coca, et de l'alcool à 98°. Histoire de ne pas arriver les mains vides. Drôle de marché, ça change des carottes et des poireaux …

Les feuilles de coca seront mâchées tout au long de la journée avec un peu d'une pâte, genre chaux éteinte qui démultiplie les effets de la coca, le tout accompagné d'alcool à 98°. Et non, ce n'était pas pour désinfecter les plaies…
Avec cela, les mineurs ne sentiront ni la fatigue, ni la faim (pas plus que la fin, d'ailleurs …).

Et toute la journée, ils font des trous avec leur barre à mines et leur masse pour pouvoir y placer un bâton de dynamite.
Alors là, grand moment d'émotion, ils manipulent leur explosif sans aucune précaution, en tenant le détonateur dans leur bouche, en utilisant des demi-mèches pour économiser, et comme ça nous fait peur, ça les fait rire…
L'explosion secoue toute la montagne et vous résonne au creux du ventre puis elle provoque des émanations de gaz toxiques en tous genres. Quand les vapeurs se sont un peu dissipées, ils creusent puis ramassent leur précieux fardeau qu'ils remonteront à la surface sur leur dos ou dans des brouettes, ou quelques fois par des puits à l'aide de poulies.


Plus on s'enfonce dans les entrailles de la terre, plus il fait chaud, moins les gaz s'évacuent. Et plus les années passent, et plus il faut descendre…

Leur salaire est ridicule, leur espérance de vie est de 45 ans.

L'an dernier, dans la dernière exploitation d'état, pour la première fois de l'histoire de la mine l'un d'entre eux a atteint l'age de la retraire…

Et pourtant chaque jour, ils sont 8 000 à 10 000 à descendre dès l'age de 12 ans.
On peut relire Germinal, c'est à peu près cela…
Les différences ? La coca et le tio. Le tio ? C'est le protecteur de la mine. Plus diable que dieu, il trône dans une des galeries. Chaque mine en possède plusieurs. Il a une tête de diablotin et un gros pénis en érection permanente pour ne jamais décevoir sa maîtresse la Pachamama ( la terre nourricière, pour ceux qui n'ont pas suivi l'épisode précédent). Ainsi la terre reste féconde.
En descendant au travail, tous les hommes passent lui rendre hommage en lui offrant quelques feuilles de coca ou une cigarette qu'ils allument et qu'ils lui placent dans la bouche en lui adressant une petite prière.

En regagnant le centre de la ville on oublie un peu cette vie misérable tant la ville est belle de ses fastes d'autrefois : les vieilles maisons coloniales imposantes avec leurs balcons vitrés, les dizaines d'églises, les édifices.

En ce moment, la ville est fiévreuse, c'est bientôt les élections. Les différents partis rivalisent d'originalité pour séduire les électeurs. Les sonos vont bon train. Les habitants repeignent, leur maison aux couleurs de leur favori, placent des drapeaux partout où ils peuvent, ils défilent, ils hurlent comme si l'heure nouvelle annoncée par tous ces politiciens était proche.
Pourtant rien qu'à regarder la tête des candidats et à lire leurs promesses, on est en droit de se poser des questions.

Dans quelques jours, la Bolivie aura un président tout neuf, quant sera t-il de la vie des mineurs de Potosi ?

Sandrine

 

Le "Cerro Rico" la montagne riche

Papa, tu est sûr qu'il faut rentrer la dedans ?

"El tio"

Par ici !

Toujours plus bas

Forage à la barre a mine

La pause coca

Treuil pour remonter le minerai

Et si on remontait ?

Sortie de la mine

Negoce de pierres (semi) précieuses

Vers le salar d'Uyuni
 
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